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Age de départ, montant des cotisations ou des pensions… Comment sommes-nous positionnés sur les différents paramètres de pilotage du système de retraite par rapport aux autres pays industrialisés ? Quels leviers pouvons-nous encore actionner pour remettre le système dans la bonne trajectoire ?
“L’impact du vieillissement est tel sur le système de retraite, qu’on ne peut pas jouer sur un seul paramètre”, a dit d’emblée Hervé Boulhol, économiste principal à l’OCDE, lors d’une conférence organisée début février 2026 par l’AJEF (association des journalistes économiques et financiers). Souriez, ça va bien se passer !
Vous le savez dans un système de retraite par répartition comme le nôtre, il n’y a pas 50 manières de remettre le système dans les clous. On peut augmenter l’âge de départ à la retraite, augmenter la durée d’assurance requise (les 172 trimestres ou 43 ans pour partir à taux plein), augmenter les cotisations ou baisser les pensions.
Profitons de l’étude de l’OCDE, pour voir comment se positionne la France sur ces différents paramètres et par extension, ce qui serait encore possible de faire pour redresser les comptes de nos retraites.
L’âge de départ à la retraite, tabou par excellence
Ceux qui partent à la retraite en 2024 en France le font un peu avant 63 ans. Cela va monter à un peu plus de 64 ans pour ceux qui arrivent sur le marché du travail en 2024. “Avec la réforme de 2023, on alignait l’âge minimum sur la moyenne des pays de l’OCDE”, constate Hervé Boulhol. Sauf que cette réforme qui portait l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, a été suspendue fin 2025, à l’occasion du vote du Budget de la Sécu pour 2026.
Quels sont les pays où l’âge normal de départ à la retraite va le plus augmenter ? “Ceux où le paramètre d’âge est automatiquement revu en fonction de l’espérance de vie”, selon Hervé Boulhol. En tête, le Danemark : si on laisse faire ce lien automatique avec l’espérance de vie, l’âge effectif ressortirait à … 71 ans pour ceux qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail ! “Cela va poser un problème de soutenabilité politique”, selon Hervé Boulhol. Viennent ensuite à 67 ans → l’Italie, Israël, République slovaque et Suède ; à 66 ans → Estonie, Grèce, Irlande ; à 65 ans → Finlande, Costa Rica, Hongrie, Islande, Pologne et Espagne. Ensuite, on l’a dit, la France à 64 ans, dans la moyenne des pays de l’OCDE.
Conclusion : il y a de la marge en France pour augmenter l’âge de départ effectif à la retraite. Ce serait peut-être plus simple à faire politiquement, si on liait automatiquement et sans intervention des politiques, l’âge de départ à l’espérance de vie, non ?
La durée d’assurance ou de cotisation = nos fameux trimestres
“En France, la durée de cotisation qui donne accès à la retraite à taux plein (172 trimestres ou 43 ans dans les prochaines années) est un paramètre clé, qui influence le niveau des pensions, mais aussi l’âge effectif de départ à la retraite”, selon Hervé Boulhol. Rappel de la règle : vous pouvez partir à la retraite quand vous avez atteint votre âge légal, mais vous aurez alors le taux plein, seulement si vous avez 172 trimestres ou 43 ans de cotisation au système, sinon, c’est une pension minorée (décote).
C’est notre éternel débat gauche-droite en France. La gauche prônant un allongement de la durée d’assurance pour remettre le système sur pied, la droite, un recul de l’âge légal. N’empêche, si les Français partent aujourd’hui après l’âge légal, c’est bien parce qu’ils attendent d’avoir tous leurs trimestres pour partir à taux plein.
A 43 ans de durée d’assurance requise, la France est l’un des pays les plus exigeants de l’OCDE, la plupart étant à 40 ans. Seuls l’Allemagne et le Portugal réclament davantage, à respectivement 45 et 46 ans.
Qu’est-ce que ça dit ? Peut-être qu’on peut encore augmenter un peu notre durée d’assurance ?
De la marge pour augmenter encore les cotisations ?
En France les cotisations à destination du système de retraite s’élèvent à 27,8% du salaire, contre une moyenne de 18,8% pour les pays de l’OCDE. Jouer sur ce paramètre a toujours la faveur des syndicats français, sauf que suite à la réforme Touraine en 2013, un décret a limité ce montant à 28%. La marge de manœuvre est donc mince, sauf à remplacer le décret par un autre. “La France est l’un des pays de l’OCDE où les cotisations ont le plus augmenté en 30 ans, de +4 points”, commente @Hervé Boulhol. Seuls l’Espagne, la Tchéquie et l’Italie ont un taux de cotisation plus élevé (respectivement 28%, 31% et 33%).
Faut-il encore augmenter nos cotisations retraite ? “C’est un choix politique. A 18,6%, l’Allemagne privilégie la compétitivité des entreprises et un salaire net plus élevé. En France, le taux de cotisation retraite peut peser sur notre compétitivité et sur le taux de chômage”, dit @Hervé Boulhol. On a la réponse !
Touche pas au montant des pensions !
Le vote de la loi de financement de la Sécu pour 2026, où toutes les mesures destinées à limiter la hausse des pensions, sont passées à la trappe (non ou sous-indexation des pensions, suppression de l’abattement fiscal de 10%, etc.), nous donne un aperçu de la difficulté à actionner ce paramètre. Ici, il n’est bien sûr jamais question de baisser formellement les pensions (ce serait la révolution !), mais de les indexer moins (sous-indexation) ou pas du tout (année blanche).
Que dit l’OCDE quant au niveau des pensions en France ? “Pour les carrières complètes, les taux de remplacements futurs nets (pension nette par rapport au dernier salaire net) sont plus élevés que la moyenne OCDE au niveau du salaire moyen, plus faibles que la moyenne OCDE pour les bas salaires et beaucoup plus élevés que dans la plupart des pays pour les très fortes rémunérations”. Pourquoi beaucoup plus élevé pour les fortes rémunérations ? Parce qu’on cotise jusqu’à un montant de salaire très très élevé, à savoir 8 plafonds de la Sécu en France (jusqu’à 384.480€ de salaire soumis à cotisations et qui du coup produisent des droits à retraite). En moyenne OCDE, les salaires sont cotisés jusqu’à 3 plafonds seulement.
Conclusion : rien à dire, si ce n’est qu’il faudrait un brin de courage politique pour actionner ce levier ;))