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Les fonds de pension ou la capitalisation vus comme des solutions providentielles aux problèmes des retraites, des Français rassurés par la réforme Borne qui a porté l’âge de la retraite à 64 ans et qui, même après la suspension de cette réforme, prônent encore un recul de l’âge ? En matière de retraite, nos compatriotes sont insaisissables !
1/ La capitalisation vue comme le régime de retraite providentiel
Il en est des retraites comme des présidents de la République. Les Français cherchent l’homme providentiel, celui qu’ils vont d’abord aduler, avant de le … vouer aux gémonies. Pour le régime de retraite, c’est pareil ! Tout le monde a maintenant bien compris que le déficit serait de plus en plus élevé, à mesure que le nombre d’actifs cotisants décline par rapport aux retraités de plus en plus nombreux à financer. Alors, que faire ? A cette question posée par Ipsos-BVA à 1000 répondants du 2 au 8 janvier 2026 pour le Cercle des épargnants, ceux-ci répondent : capitalisation ! Pour assurer la viabilité du système de retraite, l’option qui suscite le plus d’adhésion est en effet le développement des fonds de pension. Les Français sont désormais 60% à y croire, contre 55% en 2025.
Un engouement intéressant quand on sait que les principaux candidats à la présidentielle envisagent de promouvoir un système par capitalisation (chacun épargne pour soi, l’épargne étant placée sur les marchés financiers), le plus souvent en complément du régime actuel géré en répartition (les actifs actuels paient les pensions des retraités actuels). “On se réfugie dans cette idée qu’il faut développer les fonds de pension, sans savoir ce qu’il y a derrière”, commente Brice Teinturier, directeur général délégué chez Ipsos. Car en effet si les pouvoirs publics devaient décider de mettre en place un nouvel étage obligatoire à la fusée retraite (en plus du régime de la Sécu et du complémentaire Agirc-Arrco), il faudrait bien trouver quelque part le capital de départ, qui, investi sur les marchés financiers, produirait chaque année les intérêts (3% en moyenne chaque année sur les 20 dernières années, pour les régimes de capitalisation existant dans le monde), nécessaires au paiement d’une partie de nos retraites.
Avant de quitter Capital, j’avais fait un papier sur la capitalisation (ici → https://www.capital.fr/votre-retraite/retraite-par-capitalisation-des-avantages-et-un-cout-certain-1520188) où j’expliquais la problématique. Pour que ces intérêts finissent par représenter 10% à 15% du montant des retraites chaque année, “il faudrait injecter 20 milliards de plus chaque année dans le système et au bout de 30 à 40 ans, la facture totale atteindrait 300 à 400 milliards d’euros”, disait Eric Weil, spécialiste des retraites et auteur de l’ouvrage “Retraites, un blocage Français”, chez Plon. Qui paierait ? Les Français via des hausses de cotisations, l’Etat en vendant ses bijoux de famille (immobilier, entreprises cotées, etc.) ? Telle est la question centrale ! Si les Français devaient mettre la main à la poche, ils seraient certainement moins enclins à prôner la capitalisation comme solution miracle ! There is no free lunch…
2/ Le recul de l’âge légal à 64 ans a … rassuré des Français
La réforme des retraites mise en œuvre par la première Ministre, Elisabeth Borne, a été certainement la plus détestée de tous les temps. Elle a fait passer l’âge légal de 62 à 64 ans. Imposée aux forceps grâce à l’article 49.3 de la Constitution (qui permet d’adopter un texte sans vote), elle est promulguée le 14 avril 2023 pour une entrée en vigueur très rapide, dès le 1er septembre suivant. Et pourtant !
Que disent les Français interrogés ensuite ? Que le recul de l’âge légal à 64 ans était plutôt … rassurant ! En 2024, alors que la réforme Borne et le recul de l’âge venaient d’être votés, l’inquiétude quant au financement des retraites était en effet retombée à 51% seulement, selon le sondage Ipsos-BVA, le meilleur score depuis 2017 où elle culminait à 66%. Et une nette amélioration par rapport à 2022 et 2023, où le taux de préoccupation pour les retraites était encore à 59%. En clair, les Français avaient bien compris que reculer l’âge permettait d’assurer la pérennité du système de retraite !
Mais cela n’a pas duré longtemps. “L’éclaircie qui avait suivi la réforme Borne aura cependant été de courte durée, puisque l’inquiétude progresse à nouveau dès 2025 (54%) et en 2026 (55%)”, selon Brice Teinturier. Soit bien avant l’épisode inédit que nous avons vécu fin 2025 à l’Assemblée nationale, qui a vu le nouveau premier Ministre, Sébastien Lecornu, suspendre la réforme Borne pour bénéficier du vote socialiste pour son budget de la Sécu.
Reste que pour la 3ème année consécutive, l’inquiétude des Français concerne en premier lieu le financement de l’assurance maladie _ dans le rouge à hauteur de 23 milliards d’euros en 2025, un record depuis le Covid _, détrônant ainsi les retraites.
3/ Le recul de l’âge de départ n’a jamais été aussi … populaire
Dans le même ordre d’idée, quand Ipsos-BVA a demandé aux Français ce qu’il fallait faire pour assurer la viabilité du système de retraite, les deux seules actions qui progressent sont d’abord le développement des fonds de pension (60% en 2026, contre 55% en 2025) et le … recul de l’âge de la retraite, pour 42% des personnes interrogées, soit le plus haut score depuis 2017 (35% en 2025, 36% en 2023, 40% en 2022, 29% en 2017). C’est à n’y plus rien comprendre ! Augmenter le montant des cotisations est aussi à 42%, mais en recul par rapport à l’année précédente (49%), quant au montant des pensions, il reste intouchable à 11% des personnes interrogées seulement qui sont pour.