Après les déclarations de Bruno Le Maire visant à remettre sur le métier la question de l’équilibre financier des régimes de retraite, le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt et le secrétaire d’Etat aux retraites, Laurent Pietraszewski, ont confirmé mardi matin, qu’une réforme financière était nécessaire. La justice sociale et l’équilibre financier étant « les deux jambes » d’une même réforme. De son côté, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, s’est dit fermement opposé à toute approche budgétaire sur ce dossier des retraites.

S’agissait-il d’une gaffe, d’un couac ? C’est la question qu’on pouvait se poser dimanche, en lisant l’interview donnée par Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, au Parisien et dans laquelle il disait en substance cela : « L’Etat remboursera sa dette d’abord grâce au retour de la croissance, ensuite par une maîtrise de nos dépenses de fonctionnement et, enfin, par des réformes structurelles comme celles des retraites, qui doit être la priorité absolue. C’est une conviction forte »… En pleine crise sanitaire et avec les premiers effets de la crise économique qui ne va pas manquer de bousculer l’économie française, c’était pour le moins inattendu.  

Si le gouvernement vient au printemps avec une approche budgétaire de la question des retraites, la CFDT s’y opposera fermement ! D’ici la présidentielle, il n’y a pas de possibilité pour une réforme des retraites, sauf à vouloir une explosion sociale

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

La réforme des retraites a été bloquée nette par la crise sanitaire. Depuis son adoption en première lecture à l’Assemblée nationale, le 29 février (une année bissextile, un signe certainement !), elle est au point mort. Surtout les partenaires sociaux ne veulent plus en entendre reparler. « Si le gouvernement vient au printemps avec une approche budgétaire de la question des retraites, la CFDT s’y opposera fermement ! D’ici la présidentielle, il n’y a pas de possibilité pour une réforme des retraites, sauf à vouloir une explosion sociale », a précisé Laurent Berger, le secrétaire général du syndicat, mardi matin sur Europe 1. Les autres centrales sont à peu près sur la même ligne, et même le Medef juge que le temps est à la relance économique, pas au retour d’une réforme impopulaire.

Le retour du « travailler plus ». Mais le gouvernement en a visiblement décidé autrement et il teste ostensiblement le possible retour d’une réforme paramétrique destinée à remettre les retraites à l’équilibre. Il commence en effet à préparer les esprits. Un peu comme il l’avait fait en son temps avec le fameux « travailler plus », qui augurait l’introduction de possibles mesures paramétriques de recul de l’âge de la retraite, dans la grande réforme du système universel.

La deuxième jambe, c’est un système par répartition qui soit durable. Ces deux jambes sont nécessaires dans volonté d’avoir système solidaire qui alimente la répartition, mais aussi un système pérenne

Laurent Pietraszewski, secrétaire d’Etat chargé des retraites

Si la ministre du Travail, Elisabeth Borne, désormais en charge du dossier, a vertement réagi aux propos de Bruno Le Maire, dès le dimanche soir, d’un « c’est pour un système de retraite universel plus juste, pas pour faire des économies », tout en appelant au dialogue social sur cette question, son secrétaire d’Etat chargé des retraites, Laurent Pietraszewski, a été beaucoup plus ouvert, mardi matin, lors d’une conférence de presse organisée par la Caisse des Dépôts et les services de l’Etat sur l’harmonisation des moyens et systèmes informatiques pour la retraite des fonctionnaires.

Deux jambes. « La réflexion du gouvernement repose sur deux jambes. D’abord, la justice sociale. Nous avons bien identifié, encore plus pendant la crise, la nécessité de s’occuper de la retraite de tous ceux qui sont les grands perdants du système actuel, notamment ceux qui ont des carrières hachées ou qui travaillent jusque 67 ans pour annuler la décote. Et, la deuxième jambe, c’est un système par répartition qui soit durable. Ces deux jambes sont nécessaires dans volonté d’avoir système solidaire qui alimente la répartition, mais aussi un système pérenne », a-t-il expliqué en réaction à une question qui lui demandait d’éclairer les propos du ministre de l’Économie.  

Également présent, le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, a repris à son compte les propos de Bruno Le Maire, presque mot pour mot :  « notre parti pris c’est effectivement de rembourser la dette sans augmenter les impôts, par un recours à la croissance, aux économies de fonctionnement, mais aussi à des réformes structurelles. La réforme des retraites telle qu’elle a été pensée dans ces objectifs généraux, reste évidemment nécessaire », a-t-il expliqué. Et, il a aussi justifié la réforme des retraites par la nécessité de remettre le régime à l’équilibre. « Il y a une deuxième raison, soulignée par un récent rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) : le régime est déficitaire et le déficit prévu en 2025 est plus important qu’avant la crise, puisque la prévision est passée à 9 milliards d’euros à presque de 14 milliards d’euros, ce qui nécessite évidemment un retour à l’équilibre », a-t-il poursuivi.

Le régime est déficitaire et le déficit prévu en 2025 est plus important qu’avant la crise, puisque la prévision est passée à 9 milliards d’euros à presque de 14 milliards d’euros, ce qui nécessite évidemment un retour à l’équilibre 

Olivier Dussopt, ministre des Comptes publics

La nature de Jean Castex. Il a annoncé que des nouveaux « rapports ont été commandés au COR et à différentes institutions » et qu’il reviendrait « au président de la République et au premier ministre de fixer le calendrier de travail sur ces sujets-là ». Voilà donc le débat à nouveau clairement engagé sur la question de l’équilibre des régimes de retraite, jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron l’écarte avec pusillanimité, comme il l’a fait plusieurs fois par le passé ? L’ampleur des déficits, encore creusés par la crise, mérite cependant que la question soit réétudiée. Dans la dernière mouture de la loi sur les retraites, Edouard Philippe avait fini par l’imposer. L’actuel Premier ministre, Jean Castex, serait lui aussi, par nature, plutôt enclin à remettre les comptes à l’équilibre. 

Mireille Weinberg

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