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INTERVIEW Daniel Collignon, DG de Spirica

Les fonds en euros, les SCPI, les unités de compte à privilégier au sein des contrats d’assurance-vie, l’importance de l’allocation d’actifs, le rôle de l’allocataire, l’émergence des robot advisor… Daniel Collignon, directeur général de Spirica, filiale à 100% du Crédit Agricole Assurances, nous dit tout… 

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Pourquoi les fonds en euros coutent-ils de plus en plus cher aux assureurs ?

C’est essentiellement lié aux conditions actuelles du marché. Les taux des actifs obligataires sont tellement bas, que le montant des fonds propres à mettre en regard du fonds en euros explose littéralement. Aujourd’hui si vous êtes investis en OAT sans risque dans votre fonds en euros, le besoin de fonds propre (lié aux placements) est proche de 0% Mais dès que vous voulez diversifier un peu sur les actions ou l’immobilier, cela grimpe très vite à des niveaux de 10% à 15%.

Quelles conséquences pour les épargnants ?

Les assureurs ont plusieurs solutions. Soit le fonds en euros, trop cher en fonds propres, disparaît. C’est une tendance qui apparaît au Japon par exemple. Deuxième option, les assureurs remplissent leurs fonds en euros avec des actifs sans risque, peu consommateurs de fonds propres, et dans ce cas, c’est la rémunération de l’épargnant qui s’en ressent et qui va finir par chuter fortement, avec des rendements proches de 0,5%. Enfin, dernière solution, il faut changer les clauses de participation aux bénéfices incluses dans les contrats d’assurance-vie. Aujourd’hui, pour une épargne acquise nette de 100, le capital est garanti à 100 sur toute la durée du contrat ; on y ajoute chaque année la participation aux bénéfices (PB) nette (par exemple, 2 qui est la différence entre 3, rendement brut du contrat et 1 frais de gestion) ; demain, le capital garanti sera amputé chaque année du montant des frais de gestion du contrat, et la garantie sera décroissante , 99 après 1 an, 98 après 2 ans, …. ; chaque année, la PB brute viendra augmenter la valeur acquise du contrat : par exemple, en année 1, 99 + 3 donne 102. Cette évolution de la garantie donnera plus de souplesse à l’assureur dans la gestion financière de son fonds euro, et donc de meilleures perspectives de PB pour ses clients.

Chez Spirica, vous pilotez de nombreux fonds en euros, des traditionnels, des fonds à obédience immobilière et des fonds dits dynamiques. Comment choisir parmi ces trois solutions ?

Il ne faut pas choisir. Si votre contrat vous en offre la possibilité, il faut diversifier votre épargne sur les trois types de fonds en euros. Nos fonds en euros traditionnels ont dégagé un rendement net (pour 0,70% de frais de gestion) de 2,55% en 2015, le fonds immobilier (fonds euros allocation long terme) de 3,51% et nos fonds en euros dynamiques (composés en partie de notre fonds euros traditionnels et, pour le reste, d’actifs de diversification investis sur les marchés financiers) ont également dégagé de bonnes performances avec, par exemple, 3,63% pour le fonds NEG. Cette allocation différenciée permet de profiter des différentes configurations de marché.

A côté des fonds en euros, quelles autres unités de compte peut-on privilégier pour éviter les à-coups des marchés financiers ?

Les supports immobiliers comme les SCPI notamment. Leur rentabilité nette de frais est du double de celle du fonds en euros, avec 4% en moyenne, contre 2% pour le fonds garanti. Attention cependant aux frais de souscription élevés. Pour les amortir, il faut conserver ses SCPI un certain temps. Pour un horizon de placement de moins de 5 ans, cela ne vaut pas la peine.

Par ailleurs, vous ne pouvez pas investir tout ce que vous voulez dans les SCPI, il y a souvent des limites ou des obligations d’investir une partie de votre versement ailleurs. Chez Spirica, nous n’imposons aucune contrainte particulière, 100% de vos versements peuvent être investis en SCPI.

Quel est le secret pour avoir un contrat d’assurance-vie performant ?

Il y a beaucoup de valeur à aller chercher dans une bonne allocation d’actifs. Si vous avez la bonne répartition entre les différentes classes d’actifs (actions, obligations, etc.) au sein de votre contrat, et que vous la pilotez en fonction de l’orientation des marchés, vous êtes toujours gagnant ou, au moins, limitez-vous les pertes.

Faire du rendement tout en limitant la perte, c’est la promesse de la plupart des fonds flexibles (1) ?

Tout dépend de ce que l’on met sous l’appellation « flexible ». Je ne crois plus beaucoup aux portefeuilles construits sur les deux classes d’actifs, actions et obligations, et qui jouent sur la seule décorrélation entre ces deux classes d’actifs. Avec la faiblesse des taux, cela ne fonctionne plus aujourd’hui. En revanche, un fonds flexible qui opte pour une allocation plus large, qui est investi sur davantage de marchés (et pas seulement les actions ou les obligations), qui utilise des produits pour se couvrir en cas de tempête et dont le gérant a une gestion active, reste une bonne solution pour traverser les soubresauts des marchés et espérer générer une performance positive.

(1) dans les fonds flexibles, la part des actions et des obligations n’est pas figée et définie à l’avance, mais le gérant dispose d’une fourchette d’investissement et il peut être investi en actions à hauteur de la borne haute ou de la borne basse de sa fourchette. La plupart des fonds flexibles dits « patrimoniaux », peuvent être investis jusqu’à 50% en actions. D’autres vont au-delà et autorisent le passage de 0% à 100% en actions.

Que proposez-vous à vos clients pour réussir à construire la bonne allocation d’actifs, principale génératrice de performances, selon vous ?

Le problème n’est pas tant de la bâtir, mais il faut ensuite la piloter et la modifier en fonction des orientations prises par les marchés financiers. Deux solutions s’offrent à vous : soit vous déléguez cette gestion à un professionnel, soit à un … robot conseiller. L’un comme l’autre peuvent faire varier votre allocation aussi souvent que c’est nécessaire. Dans nos contrats, nous proposons une allocation pilotée par les spécialistes de chez Morningstar, qui pour la bâtir, sélectionnent les meilleurs fonds et OPCVM du marché. Nous allons prochainement (d’ici la rentrée), proposer une allocation pilotée par des robots advisors. L’avantage avec les robots, c’est que les calculs et les ajustements nécessaires pourront être faits si nécessaire tous les jours.

La gestion par robot advisor est-elle moins couteuse ?

Elle ne sera pas forcément bon marché. Nous la facturerons autour de 1%. Mais 1% de frais de gestion sur une allocation qui tourne en permanence, ce n’est pas cher ! D’autant, que derrière, plutôt que d’utiliser des fonds et OPCVM classiques, nous pourrons utiliser des ETF (produit qui réplique son indice de référence et se compose des mêmes valeurs que lui), beaucoup moins chargés que les fonds traditionnels. Imaginons des frais sur ETF qui varient de 0,10% à 0,80% au maximum, si on ajoute 1% de frais d’allocation et de travail du robo, on arrive au maximum à 1,80% de frais par an, ce qui n’est pas cher comparé aux frais des fonds classiques qui, à eux seuls et avant même le cout de l’allocation, facturent de 1.5% à 3% de frais.

D’autres développements à venir pour dynamiser la gestion financière des contrats ?

Nous allons introduire les titres vifs en actions dans nos contrats au printemps (une centaine de lignes) et en obligations à l’été. Certains assurés aiment détenir des actions en direct, c’est parfois simplement affectif. Pour les obligations, c’est un autre raisonnement. Quand nous trouvons des obligations d’entreprises intéressantes, nous pouvons en acheter pour le compte de nos clients. C’est pratique : si l’obligation à un coupon de 3% l’an sur 8 ans par exemple, l’assuré qui la met dans son contrat n’a aucune surprise. Il est quasiment certain (sauf faillite de l’entreprise), de percevoir un coupon de 3% tous les ans pendant 8 ans et d’être remboursé de son capital au terme. Les obligations sont des beaux produits à mettre dans les contrats d’assurance-vie, mais elles sont généralement inaccessibles aux particuliers. Nous allons organiser cette accessibilité sur certains titres sélectionnés.

Propos recueillis par Mireille Weinberg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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