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Privatisation d’expositions ou de concerts, tournoi de golf sur neige, dégustation de grands crus, invitation privée à Roland Garros, régate, visite d’ateliers… Les banques privées ne manquent pas d’imagination pour satisfaire leur clientèle la plus sélecte.

Les banques privées se donnent un mal fou pour satisfaire leurs grands clients et pas seulement dans le domaine patrimonial, financier ou fiscal. Quand elles invitent ces mêmes clients à partager des moments plus festifs, elles sont exactement dans la même logique, tout doit être parfaitement ficelé. « Nous nous adressons à une clientèle fortunée, qui a déjà accès à l’art, à la culture, au sport et qui est extrêmement sollicitée », dit Valérie Steimle, directrice marketing et communication d’UBS France. Les maitres mots pour attirer et satisfaire cette clientèle huppée ? Pas de fausse note, une qualité irréprochable et, bien sûr, l’exclusivité. Exclusivité des lieux, avec des musées ou des grandes expositions toujours privatisés pour l’occasion, voire comme chez Pictet un cocktail à l’ambassade de Suisse. Mais aussi, un accès exclusif à des intervenants de renom, comme Kofi Annan, l’ancien secrétaire général des Nations Unis pour Pictet France (à l’occasion de la remise du prix Pictet de la photographie), Michel Camdessus, l’ancien directeur général du FMI pour Oddo, Lionel Zinzou, l’économiste Franco-béninois et président de PAI ou l’amiral Landaxe, ancien chef des forces armées et ex-conseiller militaire de François Mitterrand, pour la banque Martin Maurel. « L’idée est simple, il s’agit d’inviter nos clients à des manifestions auxquels ils n’auraient pas accès par leurs propres moyens », résume Jean-Luc Reynaert, directeur gestion et banque privée de la Caisse d’Epargne Nord France Europe.

Visite de musée, d’expositions ou d’ateliers

Parmi les figures imposées du genre, les visites de musées, d’expositions, de maisons de vente, d’ateliers, notamment dans la joaillerie, la maroquinerie, la mode, etc. Les banques privées sont de grands mécènes et elles en font profiter leurs clients. Les visites se font naturellement en dehors des heures d’ouverture habituelles, après un petit déjeuner le matin ou avant un somptueux cocktail le soir. Pas de queue, pas de files d’attente, pas de bousculade devant les œuvres majeures, mais des explications de premier ordre avec des guides dédiés quand ce n’est pas le commissaire de l’exposition lui-même et la possibilité ensuite de bavarder entre soi autour d’un cocktail finement garni. « Au musée du Luxembourg, nous avons visité l’exposition Durand-Ruel, le grand marchand d’art du 19ème siècle qui avait découvert les impressionnistes. Le parcours réunissait 20 chefs d’oeuvre de Monet, Renoir, Manet, etc. Nous étions 200, c’était intime, convivial et cosy », selon Alain Massiera, associé gérant en charge de la Banque Privée de Rothschild & Cie Gestion. Les visites d’atelier sont également très prisées, de Vuitton, en passant par Hermès ou Vacheron-Constantin. « Chez Hermès, nous avons visité la boutique historique, les ateliers, nous sommes montés à la salle du conseil où nous avons petit-déjeuné et nous avons même eu accès au musée privé de la famille, normalement fermé au public, qui concentre tous les objets qui font son univers, », dit Corinne Calendini, responsable du Cercle Vaupaliere, le cercle qui réunit les meilleurs clients d’AXA gestion privée.

Participation aux grands événements sportifs

Autre passage obligé : les grands événements sportifs. Toutes les banques invitent leurs clients aux manifestations sportives de renom, avec un accueil en loge ou à des places de choix. Le rugby et le tennis font toujours plaisir. La banque privée de la Caisse d’Epargne Nord France Europe par exemple, fidèle à sa philosophie, met toujours un point d’honneur à promouvoir les événements régionaux. Une chance pour certains de ses clients qui ont été conviés à la finale de la Coupe Davis à Lille, fin novembre.

Les banques privées profitent également des grands partenariats de leur maison mère. Le tennis pour BNP Paribas, le Tour de France pour LCL, la voile ou les jeux olympiques pour le groupe BPCE par exemple. « Roland Garros est incontournable. Une journée est réservée à notre clientèle gestion de fortune, qui profite également de places aux demi-finales et aux finales, homme ou femme », rapporte Pierre de Pellegars, responsable de la gestion de fortune chez BNP Paribas Banque Privée France. Quant au cyclisme, c’est plutôt un sport populaire, mais pour la clientèle privée, l’invitation retrouve tout son lustre. « Nos clients sont placés dans la voiture qui couvre l’étape du Tour de France, ou dans celles des commissaires de la course, certains peuvent même survoler l’étape en hélicoptère. Nous invitons plusieurs clients chaque jour », explique Cathy Perreard, responsable de la communication pour LCL Banque Privée.

Les moments d’exception

Reste les figures libres, ces moments magiques que le client ne vit nulle part ailleurs. Ces manifestations là sont, la plupart du temps, « incarnées ». Incarnées, parce que l’un des dirigeants de la banque a une passion qu’il fait découvrir, parce que l’histoire de l’établissement recèle des richesses à partager ou parce que, tout simplement, des banquiers privés mettent tout en œuvre pour que leurs clients vivent des moments inoubliables.

C’est l’exemple de Lazard Frères Gestion, avec son président, François-Marc Durand, fou de musique classique, au point d’avoir créé sa propre fondation, l’Or du Rhin, qui soutient les artistes interprètes. Bien sûr, c’est lui qui choisit l’artiste et le programme de sa grande soirée annuelle. Une soirée magique, en juin, où les clients sont invités à un concert exclusif, à l’Orangerie dans les jardins de Bagatelle. De la rousse soprano Patricia Petibon qui interprète et joue à merveille la comédie pour la plus grande joie de son auditoire, au dernier prix Chopin de piano, forcément beaucoup plus sage… C’est sélectif, chic, de très bon goût, à l’image du cocktail qui suit, lui aussi dans les jardins.

Des manifestations incarnées aussi, parce que les plus anciennes des banques privées ont une histoire, souvent riche, à faire partager. C’est le cas des deux maisons Rothschild, des grandes familles de philanthropes, de collectionneurs, d’amateurs engagés en matière d’art, de sciences et de culture. « L’univers de la famille recèle un nombre infini d’utilisations pour nos clients », acquiesce Caroline d’Aulan, directeur des relations extérieures du Groupe Edmond de Rothschild. Souvenez vous de l’arrière grande tante du propriétaire actuel, Benjamin de Rothschild, la baronne Adolphe de Rothschild, qui régatait sur le Lac Léman, elle était surnommée « La Gitane ». Aujourd’hui, l’écurie de bateaux à voile, forcément baptisée Gitana Team, participe à presque toutes les grandes courses au large, de la route du Rhum au Vendée Globe Challenge, pour la plus grande joie de la clientèle privée, qui fait généralement partie du voyage, avec des escapades au moment des départs ou des arrivées. Autre figure féminine forte dans cette branche de la famille : la grand mère de Benjamin de Rothschild, la baronne Noémie de Rothschild, qui fit construire en 1922, le chalet du Mont d’Arbois à Megève, ce qui suffit à lancer la renommée internationale de la station. Aujourd’hui, la famille y est propriétaire de plusieurs lieux et soutient les principaux événements de la station, comme le Jumping International ou certaines ‎compétitions ‎de golf, dont la Snow Golf Cup, qui faut-il le préciser, se fait sur neige, avec des balles jaunes ou oranges fluorescentes ! « Nous y invitons nos clients en très petit comité », concède Caroline d’Aulan. So select.

L’autre branche de la famille, le groupe Rothschild & Cie Banque, profite de possessions vinicoles hors pair avec l’un des meilleurs Bordeaux du monde, le Château Lafite Rothschild. Une poignée de clients, triés sur le volet, est conviée chaque année à une escapade au château. « Le chai construit par l’architecte Ricardo Bofill, avec sa forme octogonale, ses 16 colonnes et surtout ses … 2.200 barriques, comme le domaine majestueux valent particulièrement le détour ! C’est la plus appréciée de nos invitations », sourit Alain Massiera.

Des événements incarnés enfin, parce que des banquiers privés mettent tout leur cœur pour offrir des manifestations uniques à leurs clients. « Nous avons un faible pour les lieux éphémères, authentiques et rares. Après un défilé de mode du créateur français que nous soutenons, Franck Sorbier, nous avons par exemple invité nos meilleurs clients, réunis au sein du cercle Vaupalière, à poursuivre la soirée au Péninsula, le nouveau palace parisien, comme plus personne ne le verra jamais, puisque c’était quelques jours avant son ouverture officielle. Nous avons aussi privatisé La Grande Epicerie, au cœur du grand magasin parisien le Bon Marché, pour un dîner préparé par le meilleur ouvrier de France, Jean-Jacques Massé. Nous y avons fait installer un piano à queue et Jean-François Zygel y jouait des mélodies inspirées des plats servis. C’était délicieux et totalement inédit », se souvient Diane Deperrois, directeur d’AXA gestion privée.

Chez BNP Paribas Banque Privée également, les équipes veulent sortir des sentiers battus. En 2014, elles ont lancé deux nouveaux événements, un tournoi de golf et une invitation à un concours d’élégance automobile. Le golf de Feucherolles, en région parisienne, avait été privatisé pour l’occasion et 10 équipes de trois personnes constituées. Le petit plus ? « Chaque équipe était composée de deux clients et d’un … professionnel, ce qui a crée une ambiance amicale et sportive tout à fait particulière, très appréciée par nos clients », dit Pierre de Pellegars. Quant au concours d’élégance automobile, c’est le premier à se réinstaller en France, au château de Chantilly. Les clients gestion privée y ont été invités à passer une journée champêtre. Des manifestations qui font la joie des invités mais aussi des banquiers qui parviennent ainsi à un certain degré d’intimité avec leurs clients, toujours très propice à la bonne marche des affaires.

Retrouvez cet article avec les magnifiques photos de certains des événements évoqués dans le magazine Clubs & Cercles n° 35

MIREILLE WEINBERG

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