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Fiscalement très efficaces, surtout pour les plus fortunés, les PERP peinent à faire leurs preuves sur le terrain financier. S’ils sont moins souples et moins adaptables que l’assurance-vie, c’est aussi parce que la réglementation leur a imposé toute une série de contraintes, parfois contre-productives. 

« Je ne suis pas mauvaise, mais juste dessinée comme ça », susurrait la créature dans le film « Qui veut la peau de Roger Rabbit ». Eh bien, c’est aussi un peu l’histoire du … PERP, le seul véritable dispositif d’épargne individuel pour la retraite ! A côté de sa cousine germaine, l’assurance-vie, il fait en effet pâle figure. A tous les niveaux, qu’il s’agisse du rendement de son fonds garantis en euros, du montant des frais prélevés, ou encore de l’originalité et de la dynamique de sa gestion financière. Comme la créature de Roger Rabbit, le PERP a été conçu comme cela et certains de ses maux proviennent de la réglementation qui l’a créé.

Avant de souscrire, il va donc falloir être sélectif, surtout à un moment où la plupart des établissements le mettent en avant, notamment pour ses qualités défiscalisantes. Les versements sont en effet déductibles du revenu imposable dans une limite assez généreuse, et surtout, cet avantage n’entre pas dans le plafonnement global des niches fiscales, fortement rabaissé à 10.000 euros en 2013. Plus la tranche d’imposition est élevée, 41% ou 45% cette année, plus c’est intéressant. Mieux, toujours pour les plus fortunés, les sommes qui y sont épargnées sont exonérées d’ISF (impôt sur la fortune) et n’entrent donc pas dans le patrimoine taxable _ je vous expliquerai tout cela par le menu dans un prochain post, en attendant je me focalise sur les caractéristiques intrinsèques du produit.

1. Un rendement pas très brillant

Pour 2012, les rendements sont descendus bien plus bas que les 3% nets. Les assureurs comme AXA à 3%, La Mondiale à 3,10% ou même Le Conservateur à 4,10%, s’en sortent bien. Les bancassureurs, eux, sont à la traîne avec 2,35% pour les Caisses d’Epargne, 2,40% pour le Crédit Agricole ou LCL, 2,70% pour Crédit Mutuel CEE ou encore 2,80% à la Société Générale… Presque partout en tout cas, le rendement du fonds en euros du PERP est inférieur à celui de l’assurance-vie. Pourtant on nous avait bien dit, lors du lancement du produit, qu’en l’absence de retraits possibles avant la retraite, la gestion financière allait être bien plus audacieuse et certainement plus rémunératrice que celle de l’assurance-vie…

Alors, pourquoi un tel écart ? Comme l’assurance-vie, le PERP propose pourtant un fonds en euros garantis, avec exactement les mêmes caractéristiques en termes de sécurité. Mais les sommes qui sont versées sur le PERP ne peuvent pas, comme l’assurance-vie, être gérées dans l’actif général de la compagnie. La réglementation a en effet imposé de créer un actif financier « cantonné », propre au PERP. Ils ne sont donc pas plus mal gérés que les actifs généraux des compagnies, mais ils ont été lancés à un moment où les marchés financiers n’étaient pas très bien orientés. Du coup, les performances de ces cantons dédiés aux PERP sont moins élevées que celles affichées par les actifs généraux des compagnies, dont profite généralement l’assurance-vie.

Comme ces fonds cantonnés ont démarré de zéro, ils pouvaient en effet difficilement diversifier leurs placements tant qu’ils n’avaient pas une masse suffisante à gérer. Et comme en plus, ils sont garantis, ils sont obligés d’être très prudents, et donc d’investir en obligations d’Etat sans risque, soit à des taux qui au lancement des PERP, en 2004 ou 2005, n’étaient guère supérieurs à 4% pour l’obligation à 10 ans de l’Etat français par exemple. Dans le même temps, les actifs généraux des compagnies qui profitent à l’assurance-vie, ont, eux, encore d’anciennes obligations en portefeuille, plus rémunératrices, ce qui soutient un peu le rendement de l’assurance-vie.

Certains professionnels expliquent aussi que comme le PERP est beaucoup moins concurrentiel que l’assurance-vie, certains établissements feraient beaucoup moins d’efforts en terme de gestion. Difficile à vérifier.

2. Des frais d’un autre âge

Mais, il faut aussi regarder les frais, qui jouent sur le rendement, notamment des frais de gestion puisque le rendement est annoncé net de ces frais de gestion. Du coup, plus ils sont élevés, plus le rendement net diminue. Et, à y regarder de près les frais prélevés sur les PERP paraissent d’un autre âge : souvent 4% ou 5% à l’entrée et 1% sur la gestion annuelle. Là encore _ outre le fait que les établissements en profitent parce que le PERP offre un fort avantage fiscal _, une partie de l’explication tient à la réglementation : la loi interdit de moduler les frais selon les réseaux de distribution.Tous les adhérents d’un même PERP d’une même compagnie, doivent avoir les mêmes frais. Or, il serait beaucoup trop couteux pour les établissements de créer un PERP et donc un canton financier, par réseau de distribution. Du coup, le même PERP est vendu quelque soit la manière dont il est distribué. Fatalement, ceux qui utilisent des réseaux de distribution à forte valeur ajoutée, et donc plus couteux, comme les agents généreux ou les courtiers par exemple, affichent nécessairement des frais plus élevés pour tous. Ici, ce sont les assureurs qui sont souvent les plus chers.

3. Une originalité financière bridée

Reste enfin l’absence d’originalité financière. Dans les PERP, vous trouverez un fonds en euros garantis et d’autres fonds mais qui seront généralement ceux gérés par les filiales de gestion d’actifs des promoteurs de votre PERP. Pas d’ouverture sur des fonds vendus par des sociétés de gestion tierce, donc. Pourquoi ? Parce que la loi oblige à verser les rétrocessions éventuellement servies à l’assureur par le gestionnaire d’actifs à … l’assuré. Du coup, les assureurs se gardent bien d’aller chercher des gestionnaires financiers au-delà du périmètre de leur groupe !

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