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INTERVIEW. Béatrice de Durfort, déléguée générale du Centre Français des fonds et fondations (CFF), parue dans La Tribune du 20 mars 2015.

DIG 023

Faut-il beaucoup d’argent pour créer son véhicule philanthropique ?

L’argent n’est pas tout. En plus de la capacité de dons, il faut une certaine culture personnelle avant de sauter le pas. Le mieux est d’entrer d’abord dans une certaine fidélité du don, de donner de manière récurrente, de s’intéresser aux causes qu’on a financé, avant, dans un second temps seulement, de passer du don généreux au don structurant, avec la création d’un outil philanthropique. Certes on peut créer un fonds de dotation dès 15.000 euros de mise initiale, mais pour le faire vivre, il faudra une énergie considérable, un important réseau et un réel savoir faire pour espérer lever davantage d’argent pour mettre en œuvre son projet philanthropique. S’il s’agit juste d’un versement d’argent sans implication effective du fondateur, inutile de créer un outil, un simple don à un organisme existant sera plus efficace. Voyez le milliardaire américain Warren Buffet, il a préféré confier son argent à la fondation de Bill Gates et aux universités, plutôt que de créer sa propre fondation. Et pour autant, il est l’un des plus grands donateurs au monde !

L’évolution du nombre de structures

  2011 2014
Fondation reconnue d’utilité publique 617 621
Fondation sous égide 901 1.161
Fonds de dotations 852 1.793

Source : Centre Français des Fonds et Fondations.

Le nombre des fonds de dotation a plus que doublé depuis 2011. Comment expliquez-vous cela ?

Leur simplicité de création et d’administration et la dotation initiale faible (15.000 euros exigés depuis janvier 2015), alors qu’il faut plus de 1,5 million d’euros pour créer une fondation reconnue d’utilité publique. Mais, c’est partiellement une illusion, car dans plus de 50% des cas, ce sont des coquilles vides, qui polluent le secteur. La dotation minimale de 15.000 euros qui vient d’être spécifiée par décret, n’est qu’un début de réponse pour corriger cela. L’idéal serait que les fonds soient tous en capacité d’agir, ou alors, quand ce n’est pas le cas, qu’ils mettent la clé sous la porte. Trop souvent les fondateurs s’imaginent que la simple mise en place un outil philanthropique pour collecter, va faire affluer les dons. C’est un leurre, collecter est un vrai métier, il faut savoir réunir et mobiliser autour d’un projet clairement défini. Cela ne va pas toujours de soi.

Les fondations sous égide (ou abritées) ont également bien progressé. Est-ce une bonne formule pour les particuliers ?

C’est une pouponnière pour apprendre son métier de philanthrope actif. La fondation abritante se charge de tous les à-côtés, de tous les aspects techniques et administratifs. Libéré de ces contraintes, le fondateur peut dédier toute son énergie à son projet d’intérêt général. Par ailleurs, la fondation « mère » peut lui faire profiter de son expérience, ce qui le fera progressivement gagner en confiance. Ceux qui en revanche ont envie d’avoir les mains libres préfèreront le fonds de dotation.

A qui est réservée la fondation reconnue d’utilité publique (FRUP) ?

C’était le seul choix possible, jusqu’à l’avènement des fonds de dotations en 2008, pour ceux qui voulaient avoir les coudées franches et ne pas rejoindre une fondation abritante. Il faut vraiment des moyens pour y faire vivre ses engagements. Mais la FRUP s’inscrit aussi dans la durée. Quand on s’engage dans la création d’une FRUP, c’est pour toute la vie et même au-delà !

Propos recueillis par Mireille Weinberg

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